ESPÉRANCE

J'ai beau lever les yeux aux nues
Aussi loin que porte ma vue,
Elle se perd.
J'ai beau lever les poings aux cieux
Ou bien pleurer, crier à Dieu,
À Dieu le père,

Nul flux ne vibre dans l'aether,
Aucune fourmi dans mes nerfs,
Rien ne se passe :
Le ciel est toujours aussi bleu
Découpant un soleil de feu,
Un ange passe.

J'attends pourtant de tressaillir
Si jamais venait m'assaillir,
De l'au-delà,
Cette force surnaturelle
Que je voudrais toute nouvelle,
Frémir en moi.

Une onde qui m'inonderait,
Un trouble qui m'envahirait,
Totalement,
Renversant tout dans mon esprit
Et me laisserait ébloui,
Subitement.

Effaçant d'un seul coup de gomme
Tout mon passé et nouvel homme,
Je deviendrais,
Annulant toute la bêtise
Il faut bien que je vous le dise,
Que je traînais.

Mais j'attends en vain la secousse
Qu'elle soit brusque ou bien soit douce,
Pas aujourd'hui :
Le ciel est toujours aussi bleu
Le vent caresse mes cheveux,
Le soleil luit.

Parfois je m'attrape la tête
Et la secoue comme une bête,
Dans tous les sens,
Pour un lavage de cerveau
Qui me donnerait à nouveau
Tout mon bon sens.

Pour me replacer les idées
Je crois qu'il faut me redonner,
Contre ce mur
Le mauvais coup de ma jeunesse
Tant pis pour moi si je me blesse
Car il est dur.

Un même effet a même cause
Donc pour changer il faut que j'ose,
Si je veux vivre,
Pour ne plus penser à ma gêne
Qui m'afflige de tant de peine :
Pour vivre libre !


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