À  UNE  SORCIÈRE

Écoute-moi, vieille sorcière,
Penchée au-dessus du foyer,
Dans ta grotte si familière
Je viens un peu me consoler.
Toi qui sais lire dans les coeurs
Sans qu'on émette une parole,
Regarde-moi, entends mes pleurs :
Mon âme va devenir folle !

Je suis si seul, tu me connais,
Les gens me fuient comme la peste
En me riant souvent au nez :
Ici-bas suis-je donc de reste ?
Moi qui n'aime rien ni personne
Et malheureux comme les pierres,
Je voudrais tant que tu me donnes
Ce que je demande en prière.

Car je voudrais tant une femme
Si jeune et pure en sa candeur
Qui me rendrait légère l'âme
Et rien que d'y penser, j'en pleure.
La nuit j'en rêve tellement
Que souvent des scènes d'orgie
J'en crois faire réellement :
Remplace les par ta magie !

Commence ta préparation,
Penche-toi dessus tes marmites,
Seule compte la finition :
Tant pis si tu ne vas pas vite !
Ajoute un peu de ta mixture
Et chauffe plus tes alambics,
Surtout de tes extraits sois sûre
Car je voudrais la femme unique !

Non pas la plus belle des belles
Illuminant les alentours,
Ni genre Vénus ni Cybèle
Telle la lumière du jour.
Je te demande seulement
Une compagne, une amie
Que j'aimerais fidèlement,
Une femme comme Marie !

On dit ici communément:
"À vilain matou, belle chatte."
Je veux vérifier le dicton :
Maudite sois-tu si tu la rates !
Écoute-moi, vieille sorcière,
Ce soir vraiment j'ai le coeur gros
Mais ta cabane forestière
Lui donne beaucoup de repos.

Les Lutins dans la cheminée
M'annoncent gaiement sa venue
Mais ils ont tous les yeux fermés :
La recevrai-je toute nue ?
Car bientôt une lumière
Qui s'échappe de ta marmite
Vient se poser sur une pierre,
Mon coeur battant un peu plus vite.

C'est elle, je la reconnais,
Celle que j'attendais toujours,
C'est elle que je désirais,
Elle s'appellera : Amour !
Tremblant d'émoi et non de peur
Je m'approche pour la toucher :
Sa chaleur a séché mes pleurs,
Ah ! Que je voudrais l'embrasser !

Soudain l'orage qui couvait
Éclate avec un bruit d'enfer :
Je m'aperçois que je rêvais
Quand j'ai entendu le tonnerre !
Malheur ! Orage et désespoir !
Déchaînez-vous donc éléments !
Je suis de nouveau seul ce soir :
Ainsi continue mon tourment !


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