- Le GRAND NÈGRE des BOIS -
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EUPHÉMISMES
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Avant nous étions bien, dans notre société
Où nous pouvions juger de la vraie liberté !
Nous pouvions prononcer tous les mots du dico,
Même si tous ces mots n’étaient pas amicaux !
Nous pouvions proférer les plus sales injures,
Traiter les gens de cons et puis aussi d’ordures ;
Parfois ça faisait mal et nous avions la rage
Mais nous ne recevions que des « coups de langage » !
Maintenant c’est fini et ça a bien changé :
Certaines expressions sont réaménagées !
Nous ne pouvons plus dire et encor’ moins écrire
Certains mots qui parfois nous amenaient à rire !
Pas des mots recherchés, pas plus sophistiqués,
Dithyrambiques non, pas plus alambiqués !
Des mots qui composent notre vocabulaire :
Clairs, simples et précis, tout à fait ordinaires !
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Mais un jour arriva un homme philanthrope
Qui infesta soudain notre parler de tropes* !
Voulant améliorer le sort de ses semblables
Il commença par en modifier le vocable !
Usant d’interdictions et de condamnations
Il modifia le sens de la formulation.
Sans rime ni raison, il altéra la langue
En l’abâtardissant au cours de sa harangue :
Pour qualifier les gens qui ont différents maux,
Vous conservez le sens mais vous changer les mots !
Vous mettez « non » devant le particip’ présent
Ce qui pour le patient est très valorisant !!!
L’aveugle ne voit pas donc c’est un « non-voyant »,
Le sourd qui n’entend pas, c’est un « non-entendant »,
Le nouveau « non-parlant », bien sûr c’est le muet,
Le « non-marchant » étant cul-de-jatte sans pied !
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Il ne faut surtout pas que le monde se froisse
En lui donnant un nom qui porterait la poisse.
On ne dit plus voleur, il devient « emprunteur »
Et le cambrioleur, un simple « visiteur » !
On ne dit plus un Juif mais « enfant d’Israël »
Et l’Arabe devient un « enfant d’Ismaël »
Le Balayeur devient : « technicien de surface » ;
Une « hôtesse de caisse » doit compter ses liasses ;
Les « sans papiers » étaient les clandestins connus ;
Les « demandeurs d’emploi », les chômeurs reconnus !
Les gitans bohémiens sont « les gens du voyage » ;
L’obèse « enveloppé », le vieux « du troisième âge » !
Les nouveaux « S.D.F. » faisaient les sans abri ;
La « pacification » étant une tuerie !
Le Nègre est devenu un bon « Noir » par bonheur
Et le « Noir » transformé en « Homme de couleur » !
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Justement certains mots sont proscris, comme « nègre ».
Que deviennent alors l’art ou la « revue nègre » ?
Pendant des décennies mon « nègre » a salivé
Pour devenir enfin mon « écrivain privé » !
Et mon bon « gâteau nègre » ou « tête au chocolat »,
C’est « meringue au choco », sans aucun corrélat !
Travailler « comme un nègr’e », pour une chattemite**,
Ce n’est simplement que : « travailler sans limite » !
Faut’il débaptiser le « grand nègre des bois »,
Un papillon qui a pour nom latin « minois » ?
Faut’il rebaptiser le « cap nègre » en « cap noir » ?
Et parler « petit nègre » en parler « petit noir » ?
Et des « dix petits nègr’es », faut’il changer le titre
Et occulter le mot jusqu’au dernier chapitre ?
Enfin pour la couleur, faut’il avec douleur
Changer « tête de nègre » en « tête de couleur » ?
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Voila où l’on arrive : à des absurdités
En voulant ménager les sensibilités !
L’embarras évident de ceux qui nous gouvernent
Doit être bien honteux pour tant de balivernes :
Ils ont certainement trop à se reprocher
Pour vouloir à tout prix modifier le parler.
Car pour échapper à des relents de racisme
Leurs expressions ne sont plus que des euphémismes !
Euphémisme par ci, euphémisme par là,
On ne dit plus ceci, on ne dit plus cela !
L’esprit des bien-pensants et leur prêchi-prêcha
Refuse qu’on appelle aussi un chat, un chat !
Si nous ne voulons pas que la langue régresse,
Ou qu’elle se mélange ou même disparaisse,
N’entrons pas dans le jeu de tous ces détracteurs :
Notre langue est très bell’e, conservons ses valeurs !
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Trope = Employer un mot dans un autre sens que son sens habituel
Chattemite = Personne hypocrite.
